je n'ai aucun mauvais souvenir liés à toi, très loin de là j'en ai beaucoup qui me font sourire, d'autres qui me font lever les yeux au ciel et plein qui m'attendrissent énormément.
tes crêpes avaient toujours l'épaisseur de double pancakes, et elles étaient cuites dans beaucoup de beurre... j'arrivais à peine à en manger trois (avec beaucoup de sucre bien sûr). tes spätzle étaient délicieuses. tout comme tous les plats polonais ou alsaciens dont je ne me rappelle plus le nom. je suis contente que maman sache les faire, ça me rappelle toujours un peu toi.
tu avais toujours un placard rempli de chocolat pour quand on débarquait, et on ne se gênait jamais pour y piocher copieusement. dans le placard d'à coté tu gardais une bouteille de zubrowska pour en mettre un peu dans le café. j'ai mis du temps à comprendre que c'était de l'alcool, j'étais très naïve quand j'étais gamine. je le suis toujours d'ailleurs.
il faisait toujours super froid dans la chambre où je dormais en hiver quand on venait te voir. mais tu mettais toujours deux grosses couettes, et une bouillotte que je m'amusais toujours à chercher du bout des pieds en me couchant. et en été cette chambre était un refuge accueillant, rempli de photos de tes parents et de ton mari que je n'ai jamais vu. et de vielles fringues aussi (ah, ce manteau de fourrure que tu t'obstinais à garder même si tu ne le mettais pas!). ton grenier me terrorisait, il y fait si sombre... je n'ai eu le courage d'y aller que plus tard, quand j'étais plus vieille, et j'y ai découvert quelques jolis trésors que tu gardais.
tu as rebaptisé mes copines avec des noms que tu retenais mieux, tu n'as jamais été capable de prononcer le prénom de monsieur correctement et à chaque fois ça nous faisait beaucoup rire. ma ventoline s'est vue affublée du surnom de mobylette.
tu m'emmenais à l'école sur ton gros vélo vert bouteille, avec les deux grosses sacoches marrons qui me faisaient comme un fauteuil. et tu me ramenais chez toi après pour regarder santa barbara et la roue de la fortune, jusqu'à ce que les parents viennent me rechercher.
je t'ai fait tourner en bourrique l'été de mes quatorze ans, et pour ça sincèrement je suis désolée. je ne me rendais pas compte que tu ne faisais que t'inquiéter, je ne pensais qu'à mes premières amourettes.
tu as toujours été têtue, et je me souviendrai toute ma vie la tête que tu fais quand tu es persuadée d'avoir raison. maman a la même... et moi aussi, très certainement.
tu n'as jamais voulu d'un sonotone, ça nous a bien compliqué la vie tu sais, mais tu as passé les seize dernières années à dire que tu allais bientôt mourir de toutes façons.
j'espère que tu vas rester têtue au moins jusqu'au week end prochain, ça me ferait sacrément chier que tu t'en ailles sans que je te dise au revoir. parce que tu as beau avoir une sacré patate et être une bonne râleuse juste comme il faut, ton corps a du mal à te suivre. tes poumons et ton coeur ont décidé qu'ils étaient fatigués. et dans un sens je les comprends. tu en as enterré des gens que tu aimais, beaucoup trop à ton goût sûrement. et maintenant qu'ils sont partis et que toute ta famille s'est créé sa famille à elle, tu dois avoir envie de te reposer.
je suis tout à fait consciente de ça, ça n'empêche pas que ça me brise le coeur de savoir que bientôt tu ne seras plus dans le coin, même si je ne te donnais pas assez de nouvelles.
je pense seulement maintenant à toutes ces histoires que j'aurai pu te demander de me raconter encore une fois, à tous ces mots que tu m'as appris. j'aurai voulu parler ta langue natale pour te surprendre, mais je ne m'y suis jamais mise. c'est un peu tard pour ça je suppose.
je sais très bien que je n'aurai pas le courage de te dire tout ça quand je te verrai, parce que je serai sûrement muette. rien que l'idée de venir te voir dans cet hôpital à 400 bornes de chez moi me paralyse, j'ai déjà la gorge nouée à l'idée de te voir allongée, reliée à des machines et toute faible. je réussirai à te dire que je t'aime, je l'espère de tout mon coeur, parce que même si tu t'en doutes je ne te l'ai jamais dit.
et seulement après ça je serai prête à te laisser fermer les yeux pour la dernière fois, comme tu l'as si souvent dit. et te dire un mot que tu m'as appris: dobranoc.
tes crêpes avaient toujours l'épaisseur de double pancakes, et elles étaient cuites dans beaucoup de beurre... j'arrivais à peine à en manger trois (avec beaucoup de sucre bien sûr). tes spätzle étaient délicieuses. tout comme tous les plats polonais ou alsaciens dont je ne me rappelle plus le nom. je suis contente que maman sache les faire, ça me rappelle toujours un peu toi.
tu avais toujours un placard rempli de chocolat pour quand on débarquait, et on ne se gênait jamais pour y piocher copieusement. dans le placard d'à coté tu gardais une bouteille de zubrowska pour en mettre un peu dans le café. j'ai mis du temps à comprendre que c'était de l'alcool, j'étais très naïve quand j'étais gamine. je le suis toujours d'ailleurs.
il faisait toujours super froid dans la chambre où je dormais en hiver quand on venait te voir. mais tu mettais toujours deux grosses couettes, et une bouillotte que je m'amusais toujours à chercher du bout des pieds en me couchant. et en été cette chambre était un refuge accueillant, rempli de photos de tes parents et de ton mari que je n'ai jamais vu. et de vielles fringues aussi (ah, ce manteau de fourrure que tu t'obstinais à garder même si tu ne le mettais pas!). ton grenier me terrorisait, il y fait si sombre... je n'ai eu le courage d'y aller que plus tard, quand j'étais plus vieille, et j'y ai découvert quelques jolis trésors que tu gardais.
tu as rebaptisé mes copines avec des noms que tu retenais mieux, tu n'as jamais été capable de prononcer le prénom de monsieur correctement et à chaque fois ça nous faisait beaucoup rire. ma ventoline s'est vue affublée du surnom de mobylette.
tu m'emmenais à l'école sur ton gros vélo vert bouteille, avec les deux grosses sacoches marrons qui me faisaient comme un fauteuil. et tu me ramenais chez toi après pour regarder santa barbara et la roue de la fortune, jusqu'à ce que les parents viennent me rechercher.
je t'ai fait tourner en bourrique l'été de mes quatorze ans, et pour ça sincèrement je suis désolée. je ne me rendais pas compte que tu ne faisais que t'inquiéter, je ne pensais qu'à mes premières amourettes.
tu as toujours été têtue, et je me souviendrai toute ma vie la tête que tu fais quand tu es persuadée d'avoir raison. maman a la même... et moi aussi, très certainement.
tu n'as jamais voulu d'un sonotone, ça nous a bien compliqué la vie tu sais, mais tu as passé les seize dernières années à dire que tu allais bientôt mourir de toutes façons.
j'espère que tu vas rester têtue au moins jusqu'au week end prochain, ça me ferait sacrément chier que tu t'en ailles sans que je te dise au revoir. parce que tu as beau avoir une sacré patate et être une bonne râleuse juste comme il faut, ton corps a du mal à te suivre. tes poumons et ton coeur ont décidé qu'ils étaient fatigués. et dans un sens je les comprends. tu en as enterré des gens que tu aimais, beaucoup trop à ton goût sûrement. et maintenant qu'ils sont partis et que toute ta famille s'est créé sa famille à elle, tu dois avoir envie de te reposer.
je suis tout à fait consciente de ça, ça n'empêche pas que ça me brise le coeur de savoir que bientôt tu ne seras plus dans le coin, même si je ne te donnais pas assez de nouvelles.
je pense seulement maintenant à toutes ces histoires que j'aurai pu te demander de me raconter encore une fois, à tous ces mots que tu m'as appris. j'aurai voulu parler ta langue natale pour te surprendre, mais je ne m'y suis jamais mise. c'est un peu tard pour ça je suppose.
je sais très bien que je n'aurai pas le courage de te dire tout ça quand je te verrai, parce que je serai sûrement muette. rien que l'idée de venir te voir dans cet hôpital à 400 bornes de chez moi me paralyse, j'ai déjà la gorge nouée à l'idée de te voir allongée, reliée à des machines et toute faible. je réussirai à te dire que je t'aime, je l'espère de tout mon coeur, parce que même si tu t'en doutes je ne te l'ai jamais dit.
et seulement après ça je serai prête à te laisser fermer les yeux pour la dernière fois, comme tu l'as si souvent dit. et te dire un mot que tu m'as appris: dobranoc.
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