la vie chez les fous, c'est étrange et parfois marrant.
il y a cette dame en chaise roulante qui répète la même chose aux mêmes heures, toujours avec une voix de petite fille boudeuse
(- j'aurai pas à manger ce soir
- mais si madame machin
- non)
il y a ce vieux monsieur tout tordu qui parle sans cesse mais qu'on ne comprend quasiment pas parce qu'il n'articule pas. quand les infirmières ne lui donnent pas sa clope il gueule et va faire les cendriers pour fumer les mégots et tout le monde se met à lui faire la morale (patients inclus).
il m'a offert une pomme de pin un soir où je pleurais dans le patio, elle est sur ma table de nuit.
il y a cette dame très gentille mais qui me fait peur parce qu'elle a des tics qui la font bouger comme un zombie de 28 jours plus tard. en plus elle fout de la tisane partout quand elle se sert, quel gâchis.
il y a ma coloc n°1 qui est partie quelques jours après mon arrivée mais qui m'a laissé son numéro. un sourire lumineux et une gentillesse incroyable, elle a été ma guide au début et a su quand me foutre la paix et quand m'emmener mater un film en salle télé.
il y a eu l'autre coloc qui m'a volé mon portable mais l'a rendu le lendemain (avec tous les autres qu'elle avait volé. et une paire de lunettes) elle s'est excusée, elle contrôlait pas ses pulsions.
il y a la nouvelle coloc qui est au fond du trou et ne sait pas quoi faire d'elle même, qui me touche profondément parce que je me dis que j'aurais pu être à sa place si je n'avais pas demandé d'aide. elle commence à aller mieux et parle un peu plus, mais elle ne réussi pas à rester seule. du coup parfois, on est juste assises ensemble sans se parler et ça lui va. et elle s'excuse de ne pas me parler et je lui dit que c'est pas grave, on s'en fout, et on va aller mieux bordel.
il y a n°3. autre coloc qui ne dit rien, nous fixe quand on se déplace dans notre chambre, dort mange et fume. elle m'a dévoré tous mes bonbons et je m'en suis rendue compte trop tard, mais je l'ai quand même engueulée. elle m'a piqué un paquet de clopes et je n'ai jamais pu le prouver. elle a piqué 3 paquets de clopes à mon autre coloc et l'infirmière les a trouvés sous son matelas.
elle ne s'est lavé qu'une fois depuis son arrivée, parce qu'on l'a forcée, et elle a pissé au lit 3 jours de suite. et se recouchait dedans. même mon odorat déficient n'a pas supporté.
on espère qu'elle change bientôt de chambre, parce que là on est obligées de tout foutre sous clé. c'est compliqué quand on a la mémoire qui déconne à cause des cachets.
en plus elle ronfle, grince des dents, remue dans son lit et pète...
il y a le pervers qui taxe des clopes et que me demande si j'ai des porte-jarretelles sous mon jean troué, qui m'a rebaptisé joséphine et qui pense qu'il me connait mais à chaque fois il invente un autre endroit où il m'aurait vue. il pisse la porte ouverte dans les chiottes du couloir. je l'évite le plus possible.
il y a mes deux ptits loulous qui se sont liés d'amitié à la clinique et qui partent tous les deux vendredi. ils font des blagues à la con et écoutent du rap dans le patio en fumant des roulées. ils sont absolument gentils et sont toujours prêts à me remonter le moral si ça va pas. me filent des clopes quand j'en ai plus. font du troc dessert contre fromage avec moi aux repas. demain soir on va manger un kebab pour fêter leur départ. et ils tiennent à payer alors qu'ils sont plus pauvres que moi. ils vont étrangement me manquer.
il y a mon pote s. qui est un peu moi en mec. calme, observateur et un peu sarcastique. depuis qu'on se parle on mange toujours à la même table, on se retrouve souvent pour cloper ensemble, et si le moral est bas on reste assis sur le banc du patio sans rien dire en attendant que ça passe. ou je lui parle et ça passe aussi. il me montre des photos de ses gosses, tout fier. on troque maltesers contre boules coco et je lui ai promis une part de mes dinosaurus.
on a passé une aprèm assis à une table, chacun ses écouteurs, lui à dessiner et moi à faire des mots fléchés, à faire des pauses clopes/goûter ensemble et malgré le début de journée pourri je me sentie mieux.
il est une sorte d'ancre d'apaisement au milieu de toute cette bizarrerie, et je souris plus souvent quand il est dans le coin. j'ai remarqué que l'inverse est aussi vrai, et ça fait du bien de savoir que je peux compter sur quelqu'un là dedans.
et il y a elliot qui ne comprend toujours pas comment je supporte mon séjour, qui me culpabilise sans le vouloir parce qu'elle veut que je gère des choses de l'extérieur alors que je suis à peine en train de recoller les morceaux à l'intérieur de ma tête. qui veut savoir quand je sors alors que l'idée d'être lâchée dans la nature me terrifie et qu'en plus on va changer mon traitement.
mes perms me suffisent. je vois mon fauve (il dort sur mes jambes en ce moment même), et si je suis très honnête, c'est la seule chose qui me manque du dehors. et peut être aussi de la bouffe décente.
pour l'instant je n'ai toujours envie de rien, pas faim, et ne voit aucun intérêt à exister. mais je le vis avec un peu de distance. c'est sûrement les anxios.
mon trente-cinquième anniversaire est définitivement très spécial.
il y a cette dame en chaise roulante qui répète la même chose aux mêmes heures, toujours avec une voix de petite fille boudeuse
(- j'aurai pas à manger ce soir
- mais si madame machin
- non)
il y a ce vieux monsieur tout tordu qui parle sans cesse mais qu'on ne comprend quasiment pas parce qu'il n'articule pas. quand les infirmières ne lui donnent pas sa clope il gueule et va faire les cendriers pour fumer les mégots et tout le monde se met à lui faire la morale (patients inclus).
il m'a offert une pomme de pin un soir où je pleurais dans le patio, elle est sur ma table de nuit.
il y a cette dame très gentille mais qui me fait peur parce qu'elle a des tics qui la font bouger comme un zombie de 28 jours plus tard. en plus elle fout de la tisane partout quand elle se sert, quel gâchis.
il y a ma coloc n°1 qui est partie quelques jours après mon arrivée mais qui m'a laissé son numéro. un sourire lumineux et une gentillesse incroyable, elle a été ma guide au début et a su quand me foutre la paix et quand m'emmener mater un film en salle télé.
il y a eu l'autre coloc qui m'a volé mon portable mais l'a rendu le lendemain (avec tous les autres qu'elle avait volé. et une paire de lunettes) elle s'est excusée, elle contrôlait pas ses pulsions.
il y a la nouvelle coloc qui est au fond du trou et ne sait pas quoi faire d'elle même, qui me touche profondément parce que je me dis que j'aurais pu être à sa place si je n'avais pas demandé d'aide. elle commence à aller mieux et parle un peu plus, mais elle ne réussi pas à rester seule. du coup parfois, on est juste assises ensemble sans se parler et ça lui va. et elle s'excuse de ne pas me parler et je lui dit que c'est pas grave, on s'en fout, et on va aller mieux bordel.
il y a n°3. autre coloc qui ne dit rien, nous fixe quand on se déplace dans notre chambre, dort mange et fume. elle m'a dévoré tous mes bonbons et je m'en suis rendue compte trop tard, mais je l'ai quand même engueulée. elle m'a piqué un paquet de clopes et je n'ai jamais pu le prouver. elle a piqué 3 paquets de clopes à mon autre coloc et l'infirmière les a trouvés sous son matelas.
elle ne s'est lavé qu'une fois depuis son arrivée, parce qu'on l'a forcée, et elle a pissé au lit 3 jours de suite. et se recouchait dedans. même mon odorat déficient n'a pas supporté.
on espère qu'elle change bientôt de chambre, parce que là on est obligées de tout foutre sous clé. c'est compliqué quand on a la mémoire qui déconne à cause des cachets.
en plus elle ronfle, grince des dents, remue dans son lit et pète...
il y a le pervers qui taxe des clopes et que me demande si j'ai des porte-jarretelles sous mon jean troué, qui m'a rebaptisé joséphine et qui pense qu'il me connait mais à chaque fois il invente un autre endroit où il m'aurait vue. il pisse la porte ouverte dans les chiottes du couloir. je l'évite le plus possible.
il y a mes deux ptits loulous qui se sont liés d'amitié à la clinique et qui partent tous les deux vendredi. ils font des blagues à la con et écoutent du rap dans le patio en fumant des roulées. ils sont absolument gentils et sont toujours prêts à me remonter le moral si ça va pas. me filent des clopes quand j'en ai plus. font du troc dessert contre fromage avec moi aux repas. demain soir on va manger un kebab pour fêter leur départ. et ils tiennent à payer alors qu'ils sont plus pauvres que moi. ils vont étrangement me manquer.
il y a mon pote s. qui est un peu moi en mec. calme, observateur et un peu sarcastique. depuis qu'on se parle on mange toujours à la même table, on se retrouve souvent pour cloper ensemble, et si le moral est bas on reste assis sur le banc du patio sans rien dire en attendant que ça passe. ou je lui parle et ça passe aussi. il me montre des photos de ses gosses, tout fier. on troque maltesers contre boules coco et je lui ai promis une part de mes dinosaurus.
on a passé une aprèm assis à une table, chacun ses écouteurs, lui à dessiner et moi à faire des mots fléchés, à faire des pauses clopes/goûter ensemble et malgré le début de journée pourri je me sentie mieux.
il est une sorte d'ancre d'apaisement au milieu de toute cette bizarrerie, et je souris plus souvent quand il est dans le coin. j'ai remarqué que l'inverse est aussi vrai, et ça fait du bien de savoir que je peux compter sur quelqu'un là dedans.
et il y a elliot qui ne comprend toujours pas comment je supporte mon séjour, qui me culpabilise sans le vouloir parce qu'elle veut que je gère des choses de l'extérieur alors que je suis à peine en train de recoller les morceaux à l'intérieur de ma tête. qui veut savoir quand je sors alors que l'idée d'être lâchée dans la nature me terrifie et qu'en plus on va changer mon traitement.
mes perms me suffisent. je vois mon fauve (il dort sur mes jambes en ce moment même), et si je suis très honnête, c'est la seule chose qui me manque du dehors. et peut être aussi de la bouffe décente.
pour l'instant je n'ai toujours envie de rien, pas faim, et ne voit aucun intérêt à exister. mais je le vis avec un peu de distance. c'est sûrement les anxios.
mon trente-cinquième anniversaire est définitivement très spécial.
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