ok, il se passe des trucs parfois au boulot et je ne sais pas trop quoi en faire. ma tigresse m'a toujours dit d'être méfiante, et j'essaie désespérément de l'être (surtout depuis qu'elle est partie) mais j'ai tendance à laisser mon côté naïve prendre le dessus trop vite. du coup je fais une note pour me nettoyer les idées, parce que je ne sais pas comment faire autrement avec lui, là, et écrire ça dans le confort de l'anonymat me parait être plutôt pas mal comme solution.
je ne sais même pas comment organiser ce que je veux dire, ça va encore finir en liste.
bref, je tourne autour du pot.
mon boss. enfin. le remplaçant de ma tigresse. il est problématique.
ça fait longtemps qu'on bosse ensemble, il a gravi les échelons plus vite que moi, en moins de temps. ce fut frustrant pendant un temps. j'ai laissé tombé la jalousie, on ne joue pas dans la même catégorie de toutes façons, je pense qu'il est bien plus doué en négociation que moi, et surtout en séduction.
je ne parle pas de la séduction dans un but amoureux, hein, je parle du je te mets dans ma poche avant même que tu t'en aperçoives pour arriver à mes fins. eliott l'appelle le fourbe, c'est pas pour rien.
je l'ai toujours bien aimé, c'est quelqu'un de très cultivé, drôle et vraiment agréable à fréquenter. le problème c'est qu'étant donné qu'il est toujours dans la séduction avec tout le monde, je ne sais pas si je dois être sur mes gardes ou pas. est-ce que moi aussi, je fais partie des gens à mettre dans sa poche ou est-ce qu'il me considère vraiment comme une amie (pour utiliser ses mots "on est quand même plus que des collègues, non?")
on est relativement proches. mais le relativement est hallucinant au final, parce qu'il ne se confie pas vraiment, ou juste assez. on ne se voit pas en dehors du taf, il a même zappé mes deux dernières fêtes d'anniv, sachant que pour la dernière je lui avais rappelé des semaines en avance, que je l'ai pourri par texto le soir même et je ne lui ai pas parlé pendant une semaine.
une putain de semaine.
ça a été horrible.
il est même pas venu s'excuser le lundi, il s'est planqué dans son bureau, il osait pas me regarder. il essayait d'être sympa avec son air tout piteux et je lutais pour pas lui faire un sourire. du coup moi non plus, j'osais pas le regarder dans les yeux. et au bout d'une semaine, après qu'une de mes potes au taf y soit allé de son grain de sel il est venu dans mon bureau pour me proposer d'aller boire une bière. et j'ai tout lâché. je lui ai dit que c'était bon, j'avais compris ma leçon. il avait beau dire qu'on était potes ça marchait que dans un sens. qu'il était pas foutu de faire le moindre effort, qu'on le voyait plus, que ses propositions d'aller boire un verre étaient toujours sans suite. que ma naïveté avait ses limites et que j'allais arrêter de le faire chier.
il a commencé à m'expliquer le pourquoi de son absence, même pas un oubli mais une histoire compliquée, avec sa gueule de mec qu'a pas dormi depuis des années. avec des larmes dans les yeux. évidemment que j'ai craqué, moi grande softie, incapable de résister aux larmes des gens. je l'ai pris dans mes bras, et on est restés comme des crétins à se faire un câlin au milieu de mon bureau. je lui ai dit qu'il était con. qu'il avait intérêt à faire un effort.
ce qu'il n'a pas spécialement fait au final, toujours pas de bières avec les autres copains du taf, quelques petites discussions par ci par là. et tigresse est partie, nous a un peu abruti avec son absence, nous a rapproché dans l'incompréhension de la situation et la simple trouille de ce qui allait se passer. il a commencé à me traiter comme s'il avait besoin de moi. il me demande mon avis. il me dit qu'il a peur de pas y arriver. il me dit qu'il y arrive pas. et je suis là, sur un coin de bureau à faire des piles de papiers parce que c'est le bordel chez lui, à écouter ce qu'il dit et à lui dire ce que j'en pense. ou à juste lui dire fais gaffe. fais gaffe à toi tu vas te faire bouffer comme tigresse avant toi. comme moi.
il y a deux semaines il m'a proposé un taf. être co-responsable avec lui. c'est déjà le taf de quelqu'un d'autre, mais il va se faire gentiment dégager de sa place parce que ce n'est plus possible. il m'a dit qu'il avait quelqu'un en tête pour le remplacement, mais qu'elle ne voudra sûrement pas. moi, bien sûr. sa proposition est correcte, je lui ai dis que j'y réfléchirai, j'y ai réfléchi d'ailleurs. je lui ai dit ok mais si j'ai la même paie que quand c'était son poste.
et depuis, y'a des trucs qui ont changés. il se repose plus sur moi, plus qu'avant. il me parle de plus de choses, et pas que de boulot. je ne sais pas si c'est une nouvelle façon de me mettre dans sa poche, de s'assurer une loyauté de ma part et de me faire accepter le poste sans aucune exigence ou si c'est simplement une envie d'avoir une alliée sincère. on s'est beaucoup comparés l'un à l'autre depuis qu'on se connait, et il me l'a encore dit ce midi (en attendant nos sandwichs en buvant une bière, ah l'ironie quand j'y pense...), à quel point on est tous les deux trop sensibles pour encaisser comme il faut, et comme on se planque derrière certaines choses pour se protéger.
au final je crois que j'ai surtout très peur de m'attacher à ce mec comme à un ami, pour me rendre compte qu'il se sert de moi comme de tout le monde. je crois surtout que c'est trop tard, depuis bien longtemps, que je l'apprécie déjà trop, que je me retrouve un peu trop en lui pour pas y projeter des espoirs de sincérité.
et quand il me parle de sa copine et de sa fille, de comment c'est sa vie hors du taf alors qu'on boit enfin cette bière promise il y a deux ans, je me dis ça y est, on devient potes. il était temps.
à ça, je dois ajouter que ce soir je l'ai vu se transformer en un claquement de doigt en quelqu'un d'autre, pour s'adapter au caractère du barman du taf qui était venu squatter nos pénates dans le hall. j'ai eu un quart de seconde d'incrédulité devant autant de changement d'un coup (waou, la transformation en douchebag pure et simple), et un peu d'admiration devant ce super pouvoir de caméléon.
et aussi, un relent de méfiance. il est qui il a besoin d'être en face des gens, c'est assez difficile de voir quand c'est sincère ou pas. (merci papa pour ta paranoïa)
je suis mal barrée avec ce bordel là. et j'ai encore une liste longue comme mon bras de pours et de contres, de minis détails honteux comme cette fois où, saoule pendant une fête au bar, j'ai pleuré comme une gosse en l'accusant de m'avoir empêchée d'avoir un plein temps parce qu'il l'avait eu avant moi, tout ça en grelottant parce que j'étais en t-shirt dans la rue et qu'il m'a prise dans ses bras (j'ai cru pendant un millième de seconde qu'il allait m'embrasser, et je crois qu'il a du se dire la même chose vu l'air un peu perdu qu'il a eu. ç'aurait été très, très étrange je crois)
bref, on est pas très avancés. c'est un tout petit peu plus clair, je crois que j'avais besoin de mettre des mots là dessus. et je vais en parler à eliott, après tout, c'est la voix de la raison.
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